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L’homme du partage


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Un soir d’hiver, aux portes d’Amiens, un jeune officier de l’Empire romain, Martin, partage son manteau avec un pauvre. L’image a traversé les siècles. Exemple stimulant pour des générations de chrétiens, elle n’a rien perdu de sa force symbolique et de son actualité. « Presque comme une icône, il montre la valeur irremplaçable du témoignage individuel de la charité » écrivait ainsi Benoît XVI à propos de Martin dans son encyclique Deus caritas est.
L’attachement au geste de Martin dont témoigne toute une tradition populaire n’est-il pas encore, dans notre modernité, riche de leçons à méditer et à suivre ?

A la porte

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La rencontre du mendiant, sous les murs d’Amiens, constitue pour Martin un événement dont il ne mesure pas dans l’instant toute la portée. Le pauvre est là, à la porte.
La porte est le lieu où le riche ne peut éviter de rencontrer le pauvre, là où la question de la pauvreté ne peut être éludée, là où il nous faut répondre ! Cet homme en guenilles qui barre ton chemin te pose une question. Que vas-tu répondre ?
En effet si le pauvre est là, c’est qu’il est « mis à la porte », c’est qu’il est hors de la vie sociale que symbolise la ville. Il n’est pas seulement sur le passage, il est interdit d’entrée ! La porte sépare donc symboliquement l’inclus de l’exclu. Elle peut ouvrir la cité sur l’aventure, sur la nouveauté, sur l’histoire, comme elle peut la fermer sur ceux qui sont jugés indésirables. Elle symbolise l’accueil aussi bien que le rejet. Nos villes ne sont plus entourées de remparts et de portes, mais notre société a toujours ses portes : les portes de ses frontières où elle définit qui peut ou non entrer en son sein, les portes de ses maternités où elle décrète qui a le droit de vivre.

La rencontre de l’autre
C’est à la porte de la cité, au détour du quotidien, que surgit un visage, un visage parmi tous ces visages qui portent les stigmates du malheur, visages de ceux qui sont défigurés par la misère, la violence, la détresse morale, visages des blessés de la vie, ceux que la société condamne à l’exclusion. Martin s’arrête. Ce qui fait la force d’interpellation de son geste, c’est qu’on a bien du mal à percevoir un titre quelconque au nom duquel ce pauvre peut retenir l’attention du jeune officier. Au contraire, tout ce qu’on sait de Martin pourrait justifier une non-intervention de sa part. Il est étranger, il est militaire, il n’a pas de responsabilité politique particulière. Il est de passage… Qu’a-t-il de commun avec cet inconnu ? Ce n’est pas un autre soldat, un autre Romain, un autre voisin qui est l’objet du partage. Aucune solidarité de groupe ou de nation ne peut justifier ce geste. Rien sinon le fait qu’il est un homme.

Le manteau partagé

Et Martin partage son manteau. Les deux morceaux de manteau fonctionnent comme un symbole au sens premier du terme. Pour se reconnaître au-delà du temps et des distances, deux êtres d’une même famille prennent chacun l’un des deux morceaux d’un objet brisé. Chacun, en gardant l’un des morceaux, sait qu’ailleurs un autre morceau l’attend. Des droits et des devoirs sont liés à ce symbole. De même, ces morceaux d’un unique manteau déchiré deviennent rappel et promesse d’une solidarité nouvelle. Les deux morceaux continuent à s’appeler, à s’attendre de part et d’autre de la société déchirée qu’ils rappellent. Viendra le jour où les deux morceaux se retrouveront, se reconnaîtront. Ces deux morceaux de chlamyde constituent un appel à une humanité recousue au-delà des déchirures, une invitation à recoudre les relations dans une société distendue. Les morceaux du manteau déchiré disent le projet d’une humanité solidaire et unie dans le Christ.


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