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Sa mort à Candes


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« Ici est mort Saint Martin le 8 novembre 397 » : une simple dalle, au sol de la chapelle Saint-Martin, marque l’emplacement où s’est éteint l’évêque de Tours.

« Le sein d’Abraham me reçoit »
Le récit de sa mort nous a été laissé par Sulpice Sévère. Dans la « Lettre à Bassula », le biographe de Martin nous dépeint l’évêque de Tours, pasteur d’âmes jusque sur son lit de cendres ; homme de prière jusqu’au bout brûlant d’amour pour Dieu et donc pour les hommes, pour les hommes et donc pour Dieu ;; mourrant pauvre parmi les pauvres, accueilli dans le sein d’Abraham à l’image du pauvre Lazare de l’Evangile.

Père plein de sollicitude pour les siens, Martin était venu à Candes rétablir la paix entre les membres de la communauté cléricale qui desservait l’église. Sentant ses forces décliner, il fait avertir les frères de Marmoutier que sa dernière heure est arrivée et les convoque auprès de lui « d’une seule voix on lui répondit avec des lamentations : Pourquoi nous abandonnes-tu père ? Et à qui nous laisses-tu, nous que tu veux quitter ? Sur ton troupeau se jetteront des loups rapaces ; qui nous préservera de leurs morsures, une fois notre pasteur frappé ? Nous savons que tu désires aller vers le Christ : mais il te réserve ta récompense, qui, pour être différée, n’en sera pas diminuée. Aie pitié de nous que tu abandonnes ! »

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Sulpice Sévère décrit Saint Martin déchiré par cet appel au secours. Les paroles de Martin se font l’écho de celles de Saint Paul qui écrivait aux Philippiens : « Je ne sais plus comment choisir, je me sens pris entre les deux, je voudrais bien partir pour être avec le Christ ; mais à cause de vous, je dois demeurer en ce monde ». La double dimension de l’amour de Martin est apparente sur son lit de mort : son désir ardent de Dieu et son amour du peuple de Dieu ; il aime ses opposants, il aime ses disciples, mais il aime Dieu en eux, et la volonté de Dieu est en définitive son seul souci. Et c’est cette volonté qu’il recherche au cœur même de son agonie. Humble et confiant, il s’en remet tout entier au Seigneur : « Seigneur si je suis encore nécessaire à ton peuple, je ne refuse pas de souffrir. Que ta volonté soit faite ! (…) En voilà assez des batailles que j’ai livrées jusqu’à ce jour. Mais si tu m’enjoins de rester en faction devant ton camp pour continuer d’y accomplir la même tâche, je ne me dérobe point. Tant que tu m’en donneras l’ordre toi-même, je servirai sous tes enseignes ». Martin évêque meurt en soldat, en soldat du Christ prêt à donner sa vie.

Sa sollicitude pour ses frères ne l’empêche pas d’avoir le regard tourné vers les réalités d’en haut. A ses prêtres qui le pressent de changer de position pour se reposer un peu, il dit : « Laissez, laissez-moi mes frères, regarder le ciel plutôt que la terre, pour que mon âme au moment de se mettre en route vers le Seigneur suive bien la route qui est la sienne ». Et lorsque le diable lui apparaît une dernière fois, Martin le chasse violemment. A l’image du pauvre Lazare de l’Evangile, il se sait accueilli dans le sein d’Abraham : « Pourquoi te tiens-tu là, brute sanglante ? Tu ne trouveras rien en moi, maudit ; le sein d’Abraham me reçoit ». C’est en prononçant ces mots qu’il rend son âme à Dieu.

De Candes à Tours
S’en suit une vive altercation entre Poitevins et Tourangeaux qui se disputent tous deux le corps de Martin. Le vitrail latéral de la chapelle Saint-Martin représente l’enlèvement du corps par les Tourangeaux. Le récit de cet épisode rocambolesque nous a été laissé par un successeur de Martin : Grégoire, évêque de Tours.

« Dès que le saint de Dieu eut commencé à être malade, les gens de Poitiers se réunirent à ceux de Tours pour suivre son convoi. A sa mort, il s’éleva entre les deux peuples une vive altercation (…). Pendant qu’ils se disputaient, le jour fit place à la nuit ; le corps du saint, déposé au milieu de la maison, était gardé par les deux peuples. Les portes ayant été étroitement fermées, les Poitevins voulaient l’enlever par force le lendemain matin ; mais le Dieu tout-puissant ne permit point que la ville de Tours fût privée de son patron. Au milieu de la nuit, toutes les troupes des Poitevins furent accablées de sommeil, et il n’y avait pas un seul homme de cette multitude qui veillât. Les Tourangeaux, les voyant endormis, prirent le corps du saint : les uns le descendirent par la fenêtre, d’autres le reçurent au dehors ; et, l’ayant placé sur un bâtiment, ils naviguèrent avec tout le peuple sur le fleuve de la Vienne. Étant entrés dans le lit de la Loire, ils se dirigèrent vers la ville de Tours en chantant des louanges et des psaumes. Les Poitevins, éveillés par ces chants, et ne retrouvant plus le trésor qu’ils gardaient, s’en retournèrent chez eux couverts de confusion. »

Au passage du corps de Martin, la nature refleurit : c’est « l’été de la Saint-Martin ». L’ancien officier romain est enterré dans la cité dont il était évêque, mais le souvenir de sa mort fait rapidement de Candes un haut lieu de pèlerinage.


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