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L’homme de la mission


Un monde à évangéliser

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Dans l’histoire de l’évangélisation en Occident, Saint Martin tient une place privilégiée : il est celui qui a ouvert la mission aux populations de ce monde anonyme qu’était alors, en cette fin de IVè siècle, le monde des campagnes. L’évangélisation en effet s’était jusque là limitée aux grands centres urbains, centres du pouvoir politique. Martin, lui, s’est rendu auprès des foules paysannes disséminées à travers la Gaule que l’Evangile n’avait pas encore touchées. En Touraine, on retrouve sa trace à Langeais, à Saint-Pierre de Tournon, à Ligueil, à Sonnay, à Chisseaux. Mais ses pérégrinations vont l’entraîner beaucoup plus loin, hors des limites de son diocèse. Ainsi, sa trace est attestée de façon certaine par une épitaphe, jusqu’à Vienne en Dauphiné. L’évêque missionnaire a eu le souci de rejoindre « ceux qui sont loin » (Ac 22,21), il leur a ouvert un nouvel horizon.

Sur les routes de Gaule
C’est parce qu’il avait ce souci d’aller à la rencontre de tous que Martin a toujours été en chemin. Loin des grandes voies romaines, loin des routes commerciales, il a pris des chemins de traverse afin de rejoindre ceux que la première évangélisation avait laissés de côté. Il a pris les pauvres chemins de Gaule, pauvrement vêtu et pauvrement accompagné, et la légende lui a donné pour compagnon un âne, la monture du Sauveur pour son entrée à Jérusalem.
Toujours en route, toujours de passage, il a été un éternel exilé : son pays d’origine était la Pannonie, le pays de son enfance était Pavie, son pays d’élection était Poitiers et Ligugé ; il n’avait pas choisi Tours ; il avait été arraché violemment au pays de son enfance lors de son incorporation dans l’armée ; les évêques ariens l’avaient expulsé de son pays natal lorsqu’il y était revenu pour gagner ses parents à la foi ; les tourangeaux l’avaient privé de son monastère à Ligugé. Comme Abraham arraché à son milieu naturel, à sa famille, à son pays pour s’en aller vivre ailleurs dans le dépaysement, l’expatriation, dans la condition d’étranger, à la recherche de la patrie définitive.
Bien avant les moines irlandais, il a donc pratiqué la peregrinatio pro Deo et comme eux il a prêché sur sa route le Dieu qui l’habitait et dont il était possédé. Il n’avait que lui et c’était son unique bien, la seule richesse qu’il pût partager.

Le combat pour Dieu

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Ce zèle missionnaire devait revêtir un caractère très particulier : celui d’un combat sans rémission contre les idoles et toutes les formes démoniaques qui, aux yeux de l’évêque de Tours, identifiaient le paganisme à l’asservissement des âmes à l’Esprit du mal.
Sa lutte est un combat de libération des âmes et des corps, pour les arracher à Satan et les donner à Dieu. Il n’a pas peur des affrontements violents et est prêt à payer de sa personne pour venir au secours de cette misère spirituelle ; il y risque à tout moment sa vie pour son Dieu, soutenu qu’il est par son désir du martyre ; il affronte en une lutte continuelle, incessante, toutes les formes du mal spirituel.

S’il est partisan de la manière forte contre les souvenirs du paganisme, n’hésitant pas à détruire les temples, à briser les idoles ou à couper les arbres sacrés, il est tout à fait opposé à certains évêques qui requièrent l’intervention du bras séculier contre les hérétiques. Il est intervenu avec Ambroise de Milan pour tenter de sauver de la peine capitale Priscillien et ses compagnons, condamnés à mort par le tribunal de l’empereur Maxime, pour un délit qui se situe dans la sphère religieuse.

Image du Christ devant ses frères

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On aurait pu croire que cet ascète austère, ce lutteur intransigeant verserait dans le rigorisme et la sévérité ; tout au contraire, le portrait qu’en donne Sulpice Sévère est fait de douceur et de chaleur chrétiennes : « sans malice, ne jugeant personne, ne condamnant personne, ne rendant à personne le mal pour le mal. Contre toutes les injures, il s’était armé d’une patience extraordinaire. » « Toujours un, toujours le même, le visage resplendissant comme d’une joie céleste, il semblait en dehors de la nature humaine. Dans sa bouche, rien que le nom du Christ ; dans son âme, rien qu’amour, paix et miséricorde » : Martin laisse transparaître devant ses frères le Christ qui habite au plus profond de lui-même. Et tel est sans doute le cœur de toute évangélisation : laisser le Christ en moi vivre ma vie devant les hommes, être son dévoilement, être le Christ devant mes frères.


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